• The Joy-Luck Club, par Amy Tan, entre tradition chinoise et modernité Américaine

    Seconde review, sur le roman de l'écrivaine Chinoise-Américaine Amy Tan : The Joy-Luck Club.

    The Joy-Luck Club est l’un de mes derniers gros coup de cœur. Je l’ai lu cet automne, dans le cadre d’une de mes séminaires et je ne pensais pas que je l’apprécierai autant. Il s’agit d’un roman de l’auteur Chinoise-Américaine Amy Tan, qui se concentre sur quatre familles d’émigrés chinois, et plus particulièrement sur les mères et les filles. Les mères sont celles qui ont émigré en Amérique, qui ont vécu en Chine, et qui ont parfois encore du mal à s’adapter à leur pays d’accueil. Leurs filles, elles, sont nées et ont toujours vécu aux Etats-Unis, elles sont adaptées à la société américaine, ont des amis américains, parfois même des maris américains. Le roman peint donc une opposition entre ces femmes, celles qui aimeraient transmettre leur héritage à leurs filles et celles qui le rejette, car elles n’en voient pas l’intérêt.

    Un mot d’abord sur la structure du roman en lui-même. Il est divisé en quatre parties, chacune précédée et régie par un conte chinois. Chaque partie comporte quatre chapitres, un pour chaque famille. Les narratrices des premières et dernières parties sont les mères, celles des deuxièmes et troisièmes sont les filles, avec une exception cependant : on apprend dès la première page que la mère de Jing-Mei Woo est morte quelques mois avant le début de l’histoire ; c’est donc sa fille qui racontera son histoire dans les premières et dernières parties. Jing-Mei est donc celle qui fait le lien entre les différentes parties, et parfois entre les différents personnages. En effet, chaque mère raconte sa vie avant l’Amérique, ou, dans le cas de Lindo, juste après son arrivée, et les histoires des filles sont concentrées sur leur enfance d’abord et sur leur situation amoureuse ensuite. Encore une fois, Jing-Mei est l’exception. Elle est célibataire et son histoire est centrée sur sa relation avec sa mère, plus que sur ses relations amoureuses. Malgré tout, les relations, parfois compliquées, que les jeunes femmes ont avec leurs maris/ex-maris/fiancés, sont vue à travers le prisme de leur mère. Ou plutôt, de ce qu’elles croient être l’avis de leur mère.

    Cependant, un des points les plus intéressant du roman reste l’immersion dans la culture chinoise et chinoise-américaine. Les histoires des mères se passent en Chine, dans les années précédant la guerre avec le Japon, parfois même durant cette guerre. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elles ont émigré vers les Etats-Unis : fuir le conflit, ou fuir après le conflit, pour quitter un pays qui avait été ravagé, dans l’espoir de trouver une vie meilleure en Amérique. Mais ce ne fut pas toujours le cas. Elles se sont retrouvées dans un pays très différent du leur, auquel elles ne se sont jamais vraiment adaptées. Le livre sert également à dénoncer certaines pratiques américaines. Par exemple, lorsque Lindo et Ann-Mei travaille à l’usine qui fait des biscuits chinois, elles critiquent ouvertement les papiers que l’on peut trouver à l’intérieur et qui serait, supposément, des proverbes chinois. En réalité, Lindo s’insurge en disant que les chinois n’ont pas de proverbes de ce genre. Elle est également celle qui critique Chinatown et ses décors chinois, en se demandant pourquoi les américains ont essayé de modeler l’extérieur de façon à ce que le quartier ressemble à « une vieille ville impériale » alors que les intérieurs sont pauvres, avec des décors qui ne valent rien. De manière générale, les mères servent à critiquer les manières américaines, surtout celles qui ressortent chez leurs filles (Rose qui préfère parler à son psychiatre plutôt qu’à sa mère, Waverly et son incompréhension des coutumes chinoises …). Elles se posent ainsi comme gardiennes de leurs cultures. Cultures au pluriel, car elles ne viennent pas toutes des mêmes cantons de Chine, ne parlent pas toutes le même dialecte et n’ont pas toute la même culture. Et pourtant, l’Amérique est aussi une source d’espoir, comme l’illustrent la mère de Jing-Mei quand elle veut absolument que sa fille soit un prodige, et celle de Waverly, qui veut lui donner les « circonstances américaines », c’est-à-dire la chance de pouvoir s’élever dans la société et de faire ce qu’elle veut.

    On en apprend d’ailleurs beaucoup sur cette culture chinoise, surtout en ce qui concerne les mariages, les croyances et les relations amoureuses. En effet, trois des quatre mères ont été mariées une fois avant leur mariage avec le père de leur fille. Suyuan, la mère de Jing-Mei (celle qui est morte, donc) avait un mari, qui est mort pendant la guerre, et deux filles, des jumelles qu’elle a essayé de retrouver jusqu’à sa mort ; Lindo a été promise en mariage à une famille alors qu’elle n’était qu’un bébé, puis est allée vivre dans la famille de son futur mari à l’âge de 12 ans et s’est mariée avec lui quelques années plus tard. Elle considère elle-même, lorsqu’elle en parle à sa fille, son mariage arrangé comme une vieille tradition, que les gens de la campagne ont été les derniers à abandonner. Quand à Ying-Ying, elle a épousé un homme plus âgé qu’elle, qui l’a laissé au bout de quelques mois pour une autre femme, puis une autre, puis encore une autre. Elle a ensuite épousé un homme américain, qui l’a couvert de cadeaux lorsqu’ils étaient en Chine, mais avec qui elle ne pourra jamais vraiment communiquer, puisqu’ils ne connaissent que peu le langage de l’autre. La seule dont on ne connait pas le passé amoureux est Ann-Mei, puisqu’on ne parle que de son enfance, et de sa relation avec sa propre mère. Malgré tout, le thème du mariage réapparait ici aussi. En effet, la mère de Ann-Mei était la Troisième Concubine (c’est-à-dire la quatrième femme) d’un homme riche, et, à cause de cela, elle a été rejetée par sa famille, considérée comme valant moins qu’une prostituée, car elle n’avait pas honoré correctement la mémoire de son défunt mari en se remariant moins d’un an après sa mort.

    En réalité, les relations amoureuses dans ce roman sont souvent vues sous un ciel négatif. Outre les mariages ratés des mères (ou des grand-mères !), les filles semblent n’être pas mieux loties. Jing-Mei est présentée comme l’éternelle célibataire du groupe mais on ne sait pas si c’est un choix de sa part ou une souffrance pour elle, ce point reste donc sujet à réflexion. En revanche, Rose n’est pas heureuse dans sa relation avec son mari, Lena est en instance de divorce et Waverly déjà divorcée. Mais, dans le cas de Waverly, l’issue est plus heureuse : en effet, elle a un nouveau fiancé, semble heureuse et mène une vie stable.

    On parle également beaucoup des croyances chinoises. Lindo utilise les rêves pour quitter son premier mari, puisqu’ils sont considérés comme pouvant être des messages ; Ann-Mei utilise également une croyance liée au Nouvel An chinois pour venger sa mère ; quand à Ying-Ying, ses mots ont tellement influencés Lena, sa fille, qu’elle se persuade qu’elle a tué un garçon en refusant de finir son bol de riz. Les croyances populaires telles que l’astrologies sont également présentes, les signes astrologiques ayant de l’importance pour certains des personnages. On parcourt également de nombreux contes chinois. Ceux au début de chaque chapitre, bien sûr, mais aussi celui de la Dame de la Lune, par exemple. Ces contes ont toujours une certaine importance pour les personnages, même ceux dont ils ne parlent pas directement.

    En bref, The Joy-Luck Club est un livre à l’écriture très douce, qui se lit facilement. Amy Tan dépeint des personnages riches et plein de caractère, sans tomber dans les clichés. Elle réussit à nous donner envie d’en apprendre plus sur la culture chinoise (et à se précipiter chez le premier traiteur du coin !) J’ai été particulièrement séduite par sa manière de dépeindre les relations humaines, que j’ai trouvée très juste, en particulier les différentes relations mère/fille.


    Fiche technique:

    Titre : The Joy-Luck Club

    Auteur : Amy Tan

    Langue originale : Anglais 

    Date de publication : 1989

    Éditeur : Vintage Books


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